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Les petites et les grandes victoires

Il y a de petites victoires. Regarder une série que je me refusais à voir pendant un an. Voir les jours se rapprocher de la date anniversaire fatidique, et serrer les dents en attendant que ça passe. Envoyer un texto pour donner mes résultats de concours, parce que c’était important, et en même temps pour dire qu’il faut couper tout contact, définitivement. Ouvrir la fenêtre le soir quand la douceur de l’air et le coucher de soleil montrent Paris sous son meilleur jour et se rappeler de quand c’était la même chose en septembre, et pourtant, tout a changé.

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J’ai essayé, maintes et maintes fois de capturer en photographie l’incroyable beauté de Paris qui s’assoupit le soir par ma fenêtre, quand retentit un silence voluptueux, parfois troublé par quelques éclats de rire ou une voix. Je crois que c’est pour ça que je prenais inlassablement la vue de ma fenêtre en photo quand je suis arrivée dans cet appartement, pour tenter de capturer cela, alors qu’aucune photo n’a jamais rendu grâce à la perfection de ces instants. J’étais si meurtrie à l’époque, et c’est la seule chose que j’ai prise en photo pendant deux mois. C’était la chose qui me rappelait qu’il y a tant de beauté de par le monde, et que je ne tarderais pas à la revoir malgré mes yeux embrumés de chagrin.

Jeudi soir, je suis rentrée, et en voyant Notre Dame dans un halo de lumière, en songeant que c’était l’une des dernières fois que je traversais le jardin des plantes et ce pont en sortant de l’école, et puis en étant frappée par la beauté de cette ville, de ma ville, j’en ai eu les larmes aux yeux. J’ai dit au revoir à mes élèves le lendemain, et je n’arrive pas à croire que ces 24 êtres humains avec qui j’ai vécu non stop pendant un an ne feront plus jamais partie de ma vie. Après avoir reçu quantité de bisous et de cadeaux, je suis remontée, pour tout ranger. Cette classe, c’était la métaphore de cette année. Quand je suis arrivée, fin août, c’était le pire jour de ma vie, en retirant les draps des étagères, tout me tombait littéralement sur la tête, et j’ai eu un mal de chien à retourner les tables lourdes toute seule ; j’avais le sentiment que tout était insurmontable.

 

Et vendredi soir, quand on m’a dit de mettre toutes ces tables au centre, les unes sur les autres, j’ai repensé à ce mardi d’août, où j’avais trouvé la classe ainsi, j’ai pensé que je ne voulais pas la revoir dans une telle disposition. Mais il y avait un groupe de filles de CE2-CM1 qui sont venues, et en 10 minutes m’ont aidée à tout faire, tout en racontant leurs souvenirs de cp. Puis je leur ai offert le gâteau et les billes qui me restaient sur les bras, et nous sommes sorties en discutant de leurs rêves d’avenirs. Quand je suis repassée dans la classe, elle avait un air de cette salle d’aout 2015, et pourtant je ne voyais plus la même pièce, vide et poussiéreuse. Elle était toujours poussiéreuse (oh ça oui !) mais plus vide, car il y flottait encore l’air de tout ce que j’y avais vécu, et la vie de ces 25 personnes qui ont avancé côte à côte dans cette petite pièce pendant 9 mois y résonnait encore.

Voilà, c’était ça, cette année. Je suis arrivée seule, en luttant contre des éléments qui me semblaient insurmontables, et je suis ressortie en accomplissant les mêmes tâches sans effort, et cela parce que j’étais bien entourée. Quand je me retourne, je revois tous ceux qui ont été là. Je suis trop pudique pour leur dire que je n’y serais jamais arrivée sans eux, que je les aime, et sûrement aujourd’hui encore plus qu’hier, et encore moins que demain.

Je suis ravie de changer d’école, de commencer cette année en moyenne section de maternelle, et pourtant j’ai le coeur déchiré à l’idée de quitter mes collègues qui m’ont portée et avec qui on a partagé nos peines et nos joies toute cette année.

Voilà, je m’en doutais, que cette année si intense a eu bien des aspects négatifs, mais que par la même occasion, elle a été ponctuée de tellement d’événements forts, que tout sera différent quand je m’en irai, que c’est une étape de ma vie sur laquelle je ferme la porte. Et je n’ai pas encore envie de la fermer cette porte, car j’ai tant grandi, et tant évolué, au point de pleurer de bonheur en regardant Paris qui dort, maintenant, dans son drap bleu nuit, pleurer doucement l’instant qui s’en va, car on le sait, il ne reviendra pas, et tout continue de changer, éternellement. Et même si j’ai grandi, je ne suis pas encore assez sage pour ne pas m’attrister de dire au revoir à ce qui, bon ou mauvais, fut, et ne sera plus.

Je finis sur un ton triste, alors que cet article s’appelait les petites et les grandes victoires et que ce qui l’a provoqué était plutôt joyeux. Mais sans doute que les plus jolies choses que l’on peut vivre restent teintées de mélancolie, dans les coins. Un peu comme cette chanson que j’écoute souvent en ce moment, si gaie, et pourtant qui change radicalement de ton en version acoustique.

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6 réflexions au sujet de « Les petites et les grandes victoires »

  1. Magnifique billet… j’ai aimé te suivre tout au long de cette année et t’accompagner dans ces montagnes russes qui ont fait de ces quelques mois finalement des mois d’une grande richesse… Je te souhaite beaucoup de bonheur l’an prochain !! Grosses bises et profite bien de l’été.

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  2. Les fins d’année ont toujours un goût particulier… Celle-ci encore plus pour toi. Mais quelle année constructive ! et qui se termine par une belle victoire ! Bravo pour tout, miss Touloulou ! 🙂 Que ton été soit éblouissant ! Bise! 🙂

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  3. C’est la mélancolie d’une fin d’année scolaire. On est heureux de partir en vacances et triste de tourner une page. Ce sentiment m’était familier. Peur d’avancer et ravie de le faire. L’ambiguïté du truc !
    Bise…

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