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Le coeur gros

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Ce soir, comme tant de soirs, j’ai regardé le crépuscule tomber sur les toits en soupirant devant tant de beauté.

Ce soir, j’ai contemplé ce spectacle divin, et j’ai tenté de me souvenir de la première fois que je l’ai vu. Et puis ce souvenir ne m’est pas venu. Il est disparu, effacé de ma mémoire dans le brouillard de ces jours confus. Je me souviens bien des jours qui ont suivi, où chaque matin, inlassablement, j’ai pris la même photo de cette vue. Mais la première fois ? Non. Sans doute avais-je le coeur aveuglé par le chagrin, le coeur trop gros.

Ce que ces jours m’ont appris, c’est de savourer, et j’ai toujours vécu pleinement chaque moment de grâce, quand je rentrais dans la rue qui sentait la noix de coco, parmi les fêtards des bars, quand j’écoutais Paris soupirer d’aise alors que l’air frais s’engouffrait par de voluptueuses caresses par ma petite fenêtre sous les toits.

Depuis un moment, je l’ai senti, qu’il était temps. Que ça y est, cette parenthèse, dans ma bulle, ma cachette hors du temps et hors de Paris s’achevait, qu’il était temps de quitter ce petit nid.

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Et puis j’étais soudain effrayée, à l’idée de quitter tout cela, et mon coeur me murmurait des non d’effroi. Mais on ne peut reculer devant la vie qui avance, et il est bien temps de repartir. Comme les oisillons que j’entends en juin sur nos toits se préparer à s’envoler, je crois que j’ai suffisamment récupéré.

Mais ce soir, après une conversation avec Coloc, qui est en pleine recherche d’apparts, j’ai soudain pris conscience qu’il allait falloir dire adieu.

Dire adieu à cet endroit où on n’entend que les oiseaux au matin, à mes petits déjeuners ensoleillés les matins d’hiver, au chat des voisins qui passe par la fenêtre quand l’air est encore frais les jours de canicule.

Dire adieu aux soirées fish n chips / télé, aux improvisations sonores sur Aladdin, aux soirées à boire du rosé sur le toit, à l’odeur du pain grillé qui monte quand je suis encore au lit, aux soirées thé au jasmin / discussions, au bruit rassurant de la clé dans la serrure alors que je m’endors, des zigzags en rentrant de soirée pas très droit, de sa présence quotidienne, parfois même invisible, mais si douce à sentir.

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C’est peut-être pour ça, que comme quand je suis arrivée, je ne peux plus m’empêcher de photographier quotidiennement cette vue, qui fut un salut, un crève-coeur, un remède. Soudain, je me rends compte qu’un matin, je me lèverai et je ne verrai plus ce miracle de la lumière qui parait sur Paris, et j’en pleurerai, sans doute un peu. Probablement beaucoup.

Bien sur, cela voudra dire du bonheur, de nombreuses choses positives. Mais en attendant, il faut dire adieu à cette partie de ma vie, et j’en ai le coeur un peu déchiré.

Qu’elles ont été dures, ces deux années, et oh combien j’ai pleuré. J’ai longtemps cru que je ne serais plus jamais heureuse. On me le disait, mais je n’y croyais pas. En tout cas, jamais plus aussi heureuse que je l’avais été.

Avais-je prédit, ce soir il y a deux ans quand il a pris ma main devant ma détresse et m’a proposé de venir vivre ici, aurais-je douté que ce soir, je ne repenserais qu’au bonheur qui a inondé ces 2 ans, à la chaleur des coeurs de ceux qui m’ont entourée quand je me croyais seule ? Oui, finalement, il y a eu bien plus de bonheur que de malheur, je crois. Oui, j’ai été infiniment triste, mais encore plus heureuse. Aurais-je pu seulement soupçonner que déjà, tous les souvenirs négatifs auraient disparu pour que ne reste que le meilleur ?

Aurais-je pu penser, que mon coeur, au lieu de se dessécher, s’épanouirait et que la vie serait plus vivace encore que jamais, bouillonnante et fleurissante, qu’elle emporterait avec elle tant de choses, tant de moments, précieux comme un coucher de soleil rosé sur la ville des lumières ?

Mais qu’elle conserverait intact tout au fond de moi, et sans doute pour toujours, ce qui fait le sel de ces souvenirs, l’écume des tempêtes qui reste lumineuse quand tout le reste s’assombrit. L’écume qui nous fouette au visage, qui nous rappelle pourquoi on pleure, les soirs où la vie semble déborder d’un coeur pourtant bien agrandi par les émotions qui l’habitent.

Les soirs où il fait doux et où on se dit, et finalement, finalement, il en aura fallu bien du temps, pour en arriver là, où l’on se dit « quelle chance que la vie m’ait amenée là ».

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