ailleurs·blablabla·music is love

The only thing

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Le temps passe, passe et passe. Il y a quelques jours, on parlait de mémoire de recherche et d’Erasmus avec lui. Erasmus, cet été, cela fait onze ans.

Un joli billet plein de chansons des années 2000 chez Fondant m’a rappelé l’été de 2011 qui m’a marquée, peut-être parce qu’il était une barrière, un passage dans ma vie, quand j’ai terminé mes études et que je devais trouver ce que j’allais faire pour la suite.

Je me souviens, il faisait chaud, je regardais le clip de Metronomy passer en boucle à la télé (avec ses mouettes auxquelles j’ai repensé dans les stations balnéaires anglaises qui sentaient le graillon, la mer et les cris des enfants) en écrivant mon rapport de stage de fin d’études, et à chaque fois que je prenais la voiture pour aller me balader en Bretagne, cette chanson de Rihanna passait à la radio.

Et comme maintenant chaque été, les souvenirs d’il y a quatre ans reviennent, un peu plus forts que le reste de l’année, comme si à cette période, je voyais un peu plus nettement dans tous ces souvenirs qui s’estompent, qui deviennent flous le reste du temps. C’était hier pendant si longtemps, et voilà qu’aujourd’hui, cela semble plus loin, comme si j’avais eu le dos tourné pendant qu’un bateau s’éloignait du rivage et que je me retrouve surprise en constatant que la côte, la dernière vision que j’avais eue, est soudain bien éloignée.

Est-ce donc ça, avancer dans la vie ? Accepter que le temps passe, inexorablement. J’ai l’impression que depuis un certain temps, tous mes textes ne parlent plus que de ce thème. Pourquoi cette obsession sur le sujet ? Pourquoi passer tant de temps à s’interroger sur cela, au lieu de vivre ce temps, sans se poser de questions, puisque justement, il passe si vite ?

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Peut-être que comme en 2011, comme en 2015, ce moment de flottement estival, bienvenu et que je chéris marque un moment d’évolution entre deux périodes. Comme il est bon de n’avoir rien d’autre de prévu dans sa journée que de manger et d’avoir 2 ou 3 choses qui n’auront aucun mal à s’insérer dans une journée qui s’étire. Comme il est bon de savoir que demain, je pars en Bretagne avec aucun autre objectif que de profiter de ces journées et de ceux qui seront là.
Retrouver cette sensation de liberté, quelque part, aussi, parce qu’après 3 semaines incroyables de voyage à 2, je me retrouve quand je suis seule, pour « digérer » tout ce que l’on a vécu. Et quelle chance de pouvoir faire cela, et rentrer plus tard retrouver celui qu’on aime, l’odeur douce de la maison, le calme frais de ces lieux familiers. Quelle chance de pouvoir prendre le temps de respirer, et de le faire en écoutant Sufjan, ses chansons qui m’ont portée pendant tant de chagrins et tant d’étés étincelants.

Si la mémoire était un sens, peut-être serait-elle l’ouïe. Tant de morceaux me replongent directement en arrière, et me rendent nostalgique. Mon dernier billet parlait déjà du sujet et je crois que désormais, je fais en sorte de marquer des moments qui deviendront de futurs souvenirs avec certaines chansons.
Pendant que nous parcourions les paysages irréels des Highlands écossais, nous écoutions en boucle les mêmes CDs et je sais que plus tard, ces chansons feront renaître sous mes yeux cette parenthèse, les montagnes dans la brume, la bruyère et les cris des mouettes, Skye déserte au petit matin quand nous l’avons traversée, cette sensation d’être seuls au bout du monde, loin de tout, loin des soucis, le goût du thé anglais qui devient vite âcre, les couchers de soleil sur la mer, l’odeur du varech, les bêlements des moutons que nous croisions, les crackers qu’on grignotait dans la voiture quand il pleuvait trop, les nuits trop fraîches sous la tente (on ne va pas se plaindre, je préfère toujours cela à la canicule qui était en France), les sourires silencieux sur la route.

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J’ai très envie de tout vous raconter, mais je me connais, les milliers de photos non triées dorment encore dans l’appareil, et j’ai besoin de ce temps, pour digérer, pour revivre en silence tout cela, pour sélectionner l’essentiel et pas ce dont j’ai parlé en premier en rentrant (les hordes de touristes que j’ai trouvées fatigantes, les midges, ces petits moucherons aux piqûres redoutables, la nourriture grasse, les routes étroites qui m’ont parfois donné des sueurs froides), pour oublier qu’il va falloir à présent faire beaucoup plus attention au budget pour économiser. Pour retenir en quelque sorte, the only thing.

Aller au bout du monde (c’était loin d’être le bout du monde, l’Ecosse, et encore moins quand il y avait des tonnes d’autres touristes, mais il suffisait parfois d’un rien pour en avoir l’impression et finalement, je crois que c’est tout ce qui compte) et se sentir extrêmement petit, se perdre dans la nature, se perdre pour mieux se retrouver. Se détacher du matériel tant qu’on peut, et chérir ces moments, pour maintenant, et pour plus tard.

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