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Cette semaine-là

Un dimanche matin, le bruit de la pluie sur le zinc des toits. La sensation froide du parquet sous les pieds nus, la sensation chaude d’une petite patte douce posée sur mon pied sur le canapé, qui tressaille au rythme des doux songes de ma minette. Un legging et les chaussettes douces de Noël enfilés à la hâte, l’odeur de l’earl grey dans ma cuisine. Le réconfort ultime en mettant Netflix – un énième épisode de Gilmore Girls, le meilleur des jours de pluie.
J’ai beau me mettre à d’autres séries, explorer les catalogues, il y a quelque chose que je ne retrouve pas quand je regarde autre chose – cette sensation de réconfort. Ou du moins, les autres séries qui pouvaient me rappeler cela, je les ai dévorées à leur tour.

Le bonheur du silence, de jolies photos qui appellent au voyage sur insta. Une nouvelle tasse fumante, et puis la résolution ce matin, en profitant encore quelques instants de la douceur des draps, de revenir tapoter ici.

Pas de marathon lecture cette fois pour revenir, juste cette envie. Envie de partager cette paix intérieure, ce bonheur si doux qui murmure. Il a fait si beau ces temps-ci et puis la grisaille et le froid sont revenus, appelant à la prudence. Alors, je reste prudente.

Mais tout de même, après tant de temps passé à douter, soupirer, attendre, encore et toujours. Cette période ramène au confinement de l’an dernier, l’immobilisme que j’ai détesté. Nous avons eu le temps de prendre notre élan. Cette semaine, nous avons visité une maison dans la campagne francilienne et notre offre a été acceptée. Nous avons vu les murs en pierre, le petit jardin ensoleillé, et résonnaient dans ma tête des échos de rires à venir.
Il y avait la treille sur la façade où je voyais déjà les futurs rosiers grimpants, la douce chaleur de la cuisine où je croyais sentir flotter l’odeur des gâteaux sucrés et beurrés, la pièce où je voyais déjà toutes nos bibliothèques et une méridienne pour lire au soleil. Il y avait le ruisseau plus bas dans le village et sa cascade qui chantait les beaux jours à venir, les arbres en fleurs sur le chemin tandis que nous rentrions, silencieux, pris dans un charme magique.

En février, c’était l’anniversaire de mon arrivée à Paris, dix ans déjà. Un mois particulier, parce que dix ans plus tôt, c’était ma tante qui m’avait accueillie avant que je ne trouve mon propre nid et que c’est triste de ne pas pouvoir lui rendre visite, même pour déposer une rose sur une dalle de granit, elle qui aimait tant ces fleurs. Dix ans, cela semble si court et si long à la fois. Dix ans de vie trépidante, avec une fin de décennie en demi-teinte, tant Paris semble éteinte aujourd’hui.

Alors, il est temps pour un renouveau. Il est attendu depuis longtemps. Ce mois d’avril est empli d’espoir. L’espoir du vaccin pour ne plus avoir de crainte de revoir mes parents. L’espoir de cette visite et d’une signature à venir à la fin du mois. L’espoir de la vie qui reviendra, en voyant depuis deux jours les cafetiers et restaurateurs s’affairer, depuis qu’on a parlé de rouvrir les terrasses. L’espoir des beaux jours à venir en profitant enfin d’un bout de soleil à ma fenêtre, le bonheur de lire, de rêver, de s’instruire, d’être touchée par la grâce de poèmes éblouissants.

Et puis en avril, il y a eu la célébration de l’amour, les mamans qui nous ont envoyé des fleurs, les amis qui ont dit et redit comme ils étaient heureux. Ces mêmes amis qui étaient là, quand je pensais que revivre le bonheur était impossible. Ces amis que je crève d’envie de serrer dans mes bras, d’inviter dans les nombreuses chambres de la future maison, pour refaire le monde autour d’un feu de cheminée, pour rencontrer les bébés et pour contempler les étoiles qui veillent sur nous.

Depuis que j’ai écrit ce texte, nous avons signé le compromis. Avril s’en est allé pour laisser la place au joli mois de mai, mais difficile il sera de faire aussi joli que son prédécesseur. En vrac, en avril, j’ai aussi fait des photos pour un mariage, appris la naissance du fils d’une de mes amies, mangé des tonnes de salades d’épinards et des fraises, je me suis prise de passion pour des vidéos YouTube de filles qui vivent dans la nature sauvage américaine, me suis mise à la poésie en achetant plusieurs livres…

Autant de changements à venir, j’avoue, parfois, j’en ai le vertige. Dites-moi, si vous vivez à la campagne, que cela va bien se passer, même pour la citadine que je suis !