littérature·mois américain

Au loin,Hernan Diaz

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Jeune paysan suédois, Håkan débarque en Californie, seul et sans le sou. Il n’a qu’un but : retrouver son frère Linus à New York. Il va alors entreprendre la traversée du pays à pied, remontant à contre-courant le flux continu des pionniers qui se ruent vers l’Ouest. Les caravanes se succèdent et les embûches aussi….

Je préfère couper ici le résumé de la 4ème de couverture pour vous laisser vous-mêmes découvrir cette épopée digne des grands westerns.

Quand il part, Håkan a à peine 17 ans et a connu une vie simple en Suède : il ne connait rien du vaste monde et avale tout rond les récits autant imaginatifs qu’approximatifs de son frère aîné. Le lecteur se surprend à être mi-attendri par tant de candeur et mi-agacé devant les fanfaronnades de Linus. C’est armé de ces récits naïfs et de son optimisme que notre héros débarque par erreur à San Francisco, malencontreusement séparé de son frère lors du périple.
Il décide donc de partir traverser le pays pour le retrouver à New York. L’ampleur de la tâche semble échapper à Håkan ; et heureusement, car c’est cela qui l’aidera à traverser les multiples épreuves qui se mettront sur sa route, comme autant de moments initiatiques qui transformeront cet adolescent naïf en un homme de légende qui ne fait plus qu’un avec la nature sauvage qui l’a façonné. Un homme qui en une vie semblera en vivre dix, vingt.

Le lecteur suit ces aventures, happé, comme hypnotisé par le Grand Ouest qui semble s’amuser à faire subir les pires sorts à notre héros ; lequel, contre toute attente, survit aux pires épreuves. A chaque fin d’étape, il repartira sans se retourner en arrière, abandonnant une part de sa vie qui ne fera que renforcer sa carapace contre chaque événement. Peu à peu, le désert, les montagnes, l’Ouest sauvage semblent comme l’absorber pour faire de lui une de ses créatures, à l’image des animaux et des plantes qui savent s’adapter à ses conditions si inhospitalières.

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photo personnelle des paysages californiens que j’avais en tête lors de ma lecture

Au rythme des rencontres avec d’autres voyageurs, Håkan oscillera entre ces moments partagés et des moments de pure solitude, de désarroi où toute humanité semblera se noyer et se dissoudre en lui pour qu’il ne reste que l’âpreté du vent, la sécheresse qui fait disparaitre toute forme d’eau, pourtant source de vie et l’étendue des plaines dont l’infini pourrait rendre fou.

La force de ce roman hors du commun est certainement que l’écriture d’Hernan Diaz permet au lecteur d’être plongé aux côtés d’Håkan comme s’il était vraiment dans cet Ouest sauvage. J’ai dit que le lecteur était hypnotisé, et c’est le mot qui décrit le mieux ma lecture : une lecture envoûtante, fascinante, que j’ai savouré page à page. J’ai eu beaucoup de mal à le lire rapidement ; il m’a semblé qu’un rythme lent lui convenait mieux.

Hernan Diaz, qui comme son héros, a grandi en Suède avant de partir vivre aux Etats-Unis (à New York) (alors qu’il est né en Argentine, on comprend mieux pourquoi le thème de l’immigration et d’être un étranger dans le pays où l’on vit l’intéresse), se réapproprie le fameux mythe du western et de la conquête de l’Ouest, pour le moderniser.
Pourtant, on retrouve certains des aspects qui en font la caractéristique : un récit qui fait rêver le lecteur, qui explore l’histoire d’un pays vierge et sauvage, où les hommes ont tenté peu à peu de dompter la nature. Un récit qui cependant montre les aspects négatifs de cette conquête et que parmi ces pionniers, tous n’ont pas réussi à ressortir gagnants de ce combat avec la nature.

Invité du Festival America de Vincennes en septembre 2018, Hernan Diaz est un auteur prometteur qui a à cette occasion reçu le prix du jury du Roman page / America, un honneur amplement mérité.

Si vous voulez en savoir plus, il a été invité de l’émission Par les temps qui courent sur France Culture : voici quelques extraits de ce qu’il a dits qui aident à éclairer sa vision du western et de l’écriture de son roman.

Pour moi c’était important d’avoir un personnage radicalement perdu dans ce paysage si vaste, j’avais envie de le mettre dans une situation de solitude absolue. Pendant que sa solitude s’approfondissait, j’ai commencé à le voir comme une sorte d’animal. Il est dans un présent éternel, il n’imagine pas l’avenir et il ne se souvient pas du passé.

Je pense que le western c’est un mystère en littérature, le cinéma c’est autre chose. Le western aurait dû devenir le genre américain par excellence, parce qu’il donne une vision romantique, fétichisée des pires aspects de notre histoire et pourtant le western n’a jamais décollé en tant que genre littéraire. C’est surprenant que cet outil idéologique parfait ait été abandonné. C’est pour cette raison que j’ai eu envie de m’en saisir et de le transformer pour le mettre à l’envers et dire quelque chose de nouveau sur l’histoire américaine et sur sa tradition littéraire.

Un roman qui fait voyager, qui captive, mais qui fait aussi réfléchir… J’ai hâte de découvrir les autres romans de cet auteur plus que prometteur.

Un grand merci au Picabo River Book Club et aux éditions Delcourt.

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Les heures rouges, Leni Zumas

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Résumé de l’éditeur : États-Unis, demain. Avortement interdit, adoption et PMA pour les femmes seules sur le point de l’être aussi. Non loin de Salem, Oregon, dans un petit village de pêcheurs, quatre femmes voient leur destin se lier à l’aube de cette nouvelle ère. Ro, professeure célibataire de quarante-deux ans, tente de concevoir un enfant et d’écrire la biographie d’Eivør, exploratrice islandaise du xixe. Des enfants, Susan en a, mais elle est lasse de sa vie de mère au foyer – de son renoncement à une carrière d’avocate, des jours qui passent et se ressemblent. Mattie, la meilleure élève de Ro, n’a pas peur de l’avenir : elle sera scientifique. Par curiosité, elle se laisse déshabiller à l’arrière d’une voiture… Et Gin. Gin la guérisseuse, Gin au passé meurtri, Gin la marginale à laquelle les hommes font un procès en sorcellerie parce qu’elle a voulu aider les femmes.

4 femmes, 4 destins, 4 portraits qui se succèdent au cours de chapitres parfois très courts, hachurés, un rythme saccadé qui prend à rebrousse-poil au début de la lecture et déroute.

4 femmes qui sont définies non pas par leur nom, leur identité, leurs traits de caractère, mais par leur rôle : la biographe, la guérisseuse, la mère, la fille. Dans une Amérique où les femmes se sont vu refuser le droit de disposer librement de leur corps lorsque l’avortement a été interdit, tout comme l’adoption ou la PMA pour les femmes célibataires, la question de leur rapport à la maternité se retrouve au coeur de leur statut dans la société.

Leni Zumas brosse le portrait d’une dystopie pas si incertaine, pas si lointaine et pour cela d’autant plus sinistre et effrayante. Revenir en arrière sur une décision (l’arrêt Roe vs Wade dans la jurisprudence américaine a rendu l’avortement constitutionnel dans tout le pays), et c’est un véritable retour vers le passé pour les femmes représentées par les quatre héroïnes du roman. Désormais, elles semblent encore plus dépendantes des hommes… dépendantes à la fois d’eux pour éviter une grossesse non désirée avec la contraception comme elles le sont pour pouvoir avoir et élever des enfants…

Dès le début, l’auteure nous plonge dans un univers dont nous décodons les règles progressivement. La narration, la structure du récit déroutent au début et il faut passer cette barrière, apprendre à découvrir les personnages et s’habituer au passage d’une héroïne à l’autre dans des chapitres brefs pour ensuite lire ce roman avec plaisir.
Ce traitement à rebrousse-poil rend plus palpable la violence sourde qui règne dans cette histoire. Non pas une violence sanglante, mais une violence latente et coercitive qui contrôle la vie et les possibilités des femmes et réduit leurs choix à presque néant. Elles semblent prisonnières des événements, de ce que la société attend d’elles, sans pouvoir sortir de ces cases : la guérisseuse (qui est considérée comme la sorcière du village), la biographe, la mère, la fille.

Parfois, ces choix semblent ne laisser place qu’à la possibilité du renoncement. A force de se débattre pour faire entrer leurs rêves et leurs désirs dans ces cases bien étroites, c’est comme si elles perdaient peu à peu la force de se battre.

Le thème est sombre, mais le roman n’en demeure pas moins drôle : Leni Zumas fait mouche pour faire de situations absurdes des moments où l’on se surprend à sourire. Sans doute car son récit est tout à fait personnel : comme elle le racontait à une rencontre au festival America, les tentatives de procréation de la biographe font écho à sa propre expérience et des anecdotes du livre sont issues de ce qu’elle a réellement vécu.

C’est sans doute pour cela que son roman est poignant, prenant, fascinant, émouvant, énervant et empli d’une force qui touche le lecteur. Un livre d’actualité, même s’il a été écrit avant que le sujet ne prenne autant de place. Un roman qui marque.

Un grand merci aux éditions des Presses de la Cité et à Léa du Picabo River Book Club.

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Quelques jours en Amérique

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Ces derniers temps, j’ai un peu le coeur de l’autre côté de l’Atlantique, comme vous l’avez surement compris avec mon dernier billet.

Je vis depuis maintenant un petit moment une histoire d’amour passionnelle avec l’Amérique des grands espaces. Je n’y peux rien, je n’arrive plus trop à lire autre chose que de la littérature américaine. Depuis mon voyage californien de l’an dernier, je n’ai qu’une envie, c’est d’y retourner.

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Alors, en attendant,il reste les livres, les films, les séries et la musique. Je vous propose de passer quelques jours sur les routes américaines avant le début du mois anglais.

Vous êtes prêts ? Let’s go!

mois américain·music is love

Mois américain : Bruce Springsteen pour s’évader un peu

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Quand j’étais petite, et que je montais à l’arrière dans la voiture, mon père aimait écouter l’album Darkness on the edge of town de Springsteen, alors quand je le réécoute,j’ai toujours envie de revivre ces moments. Toujours, quand la première piste commence, j’imagine la route et ses kilomètres d’asphalte se dérouler sous mes pieds. Inutile de vous dire que je ne me suis pas privée pour le faire cet été aux USA…
Et puis Bruce, il était si craquant, sur cette pochette, avec les cheveux en bataille et son t shirt blanc. Et puis les paroles de cette chanson, Badlands, vont bien avec cette atmosphère, cette envie de vivre sa vie sans tarder…

For the ones who had a notion, a notion deep inside,
That it ain’t no sin to be glad you’re alive
I wanna find one face that ain’t looking through me
I wanna find one place,
I wanna spit in the face of these…

Badlands, you gotta live it everyday,
Let the broken hearts stand
As the price you’ve gotta pay,
We’ll keep movin’ ’til it’s understood,
And these badlands start treating us good.

Alors parce que ce sont les derniers beaux jours, malgré la rentrée bien entérinée, gardons encore un soupçon d’évasion. Baissez la vitre, passez le coude par la fenêtre, montez les basses et appuyez sur l’accélérateur.

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Wild, Cheryl Strayed

Cheryl Strayed, 26 ans, n’a aucune idée de ce qu’elle fait et de ce qui l’attend lorsqu’elle boucle son sac à dos, avant de partir sur la Pacific Coast Trail, un sentier californien qui suit les chaines de montagne et qui relie la frontière mexicaine à la frontière canadienne.

Pourquoi décide-t-elle de faire ça, elle qui n’est jamais partie en randonnée plus de 24h ? C’est ce qu’elle nous racontera progressivement – du décès de sa mère, quelques années plus tôt, victime d’un cancer foudroyant, à tout ce qui a suivi et qui a plongé la vie de Cheryl dans le désastre, tout comme elle nous racontera son expérience dans la nature, de ses erreurs de débutante, ses (nombreuses) difficultés, ses moments de désespoir, à son émerveillement d’être plongée dans la nature sauvage (wild en version originale) et aux rencontres qui parsèmeront son parcours. Elle nous raconte tout ce qu’elle a vécu, en marchant, et la rédemption que lui offrira cette expérience.

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Inutile d’y aller par 4 chemins, voilà peut-être (sans doute) ma lecture préférée de l’année 2016. Cela faisait un moment que j’avais entendu parler de ce livre, notamment suite à son adaptation en film avec Reese Whitherspoon que j’aime beaucoup. Quand j’ai lu le résumé, il y a eu comme un déclic, quand tout s’emboite si parfaitement que vous vous dites que c’est trop. A quelques jours de mon départ en Californie, un départ voulu pour que le voyage me défasse des chagrins emmagasinés depuis trop longtemps, le récit de Cheryl résonnait fortement avec mon projet de voyage (toutes proportions gardées, le mien était moins extrême évidemment).
Je savais que c’était ce livre qui m’accompagnerait pendant mon périple – et pour m’accompagner, il l’a fait. Trimballé de la France à la Californie par dessus un océan et un continent, soit pas moins 9000km, puis partout pendant 4000km sur la route, corné à force d’être mis et enlevé de mon sac à dos, puis revenu à nouveau à Paris, victime d’un accident de maquillage – sa tranche est désormais habillée d’une tâche rouge qui va étrangement bien avec la couverture – il m’a suivie partout, et a tant résonné en moi qu’il restait dans mon esprit même quand je ne le lisais pas. J’en ai beaucoup parlé à de nombreuses personnes, et en particulier à Coloc qui pensait presque que Cheryl Strayed était mon nouveau guru, tant j’ai dit de phrases commençant par « D’ailleurs Cheryl Strayed a dit » / « C’est drôle parce que Cheryl Strayed en parle justement… »

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La vraie Cheryl Strayed dans l’Oregon, aout 1995

Le récit de Cheryl est brut, elle le raconte avec une sincérité si poignante qu’on ne peut s’empêcher de rire, d’être émerveillé et de pleurer avec elle. Je  vous laisse imaginer la scène quand tu pleures à chaudes larmes quand elle raconte le moment -bouleversant- de la mort de sa mère et que l’hôtesse de l’air vient te proposer un café. Sa force de caractère est impressionnante ; son récit aurait pu être une compilation de plaintes sur la dureté de sa vie, mais au contraire, elle ne se plaint finalement que très peu, et fait souvent passer son désarroi par l’humour. On ressent à travers les réactions des autres leur respect pour ce qu’elle a entrepris, de partir seule avec son énorme sac, surnommé Monster, qu’elle peine à porter, et on partage ce respect.

“Each night the black sky and the bright stars were my stunning companions; occasionally I’d see their beauty and solemnity so plainly that I’d realize in a piercing way that my mother was right. That someday I WOULD be grateful and that in fact I was grateful now, that I felt something growing in me that was strong and real.”

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Cheryl part dans l’objectif de se retrouver en chemin, de mettre enfin un sens à sa vie, et aux errances qui l’ont ponctuée dans les dernières années, de rencontrer, non pas celle qu’elle était avant les drames qu’elle a connus, mais celle qui émerge après avoir mué, et retiré les peaux mortes de sa vie d’avant, celle qui n’attend qu’à être trouvée. Elle met du temps, mais peu à peu, elle laisse derrière elle, comme autant de cailloux semés ces choses douleureuses. Et ce qu’elle découvre, est qu’il n’y a pas forcément de sens à trouver, que parfois il suffit de voir les choses, sans tout comprendre. Que tout ce qu’elle a à faire, que la chose la plus incroyable, « wild » qu’elle puisse faire est de laisser aller, to let it be.

« Everything except the fact that I didn’t have to know. That is was enough to trust that what I’d done was true. To understand its meaning without yet being able to say precisely what it was, like all those lines from The Dream of a Common Language that had run through my nights and days. To believe that I didn’t need to reach with my bare hands anymore. To know that seeing the fish beneath the surface of the water was enough. That it was everything. It was my life – like all lives, mysterious and irrevocable and sacred. So very close, so very present, so very belonging to me.
How wild it was, to let it be.”

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Cheryl Strayed à Crater Lake, aout 1995

Une lecture inspirante, qui m’a beaucoup touchée et fait réfléchir,qui donne tant envie de faire comme elle et de partir avec son sac et ses chaussures de rando, sans se soucier du reste.Une lecture qui restera très longtemps en moi, je le sais.

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Septembre, la rentrée et le mois américain

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Pour se mettre en jambe, un peu de musique : China Grove, The Doobie brothers

Et voilà, l’été est bel et bien terminé… Mercredi, comme nombre d’élèves et d’autres profs j’ai bien mal dormi,  les médias, les pubs, les supermarchés m’ayant répété les jours précédents environ toutes les 20mn que « célarentré!!! »

Je suis tellement heureuse de commencer cette nouvelle année, dans une nouvelle école, et un nouveau niveau. De belles choses se préparent et je crois que découvrir la maternelle va être quoiqu’il arrive très riche. J’ai rencontré mes élèves avec ma binôme et j’ai hâte de les revoir lundi.

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L’été est terminée, mais voilà qu’arrive l’automne, une saison que j’adore, une saison dont j’ai peu profité l’an dernier… La pluie est tombée cette nuit, tapotant sur mon velux, et ce matin gris souris souffle un vent de fraicheur qui semble annoncer l’automne.C’est le genre de matins que j’adore, je profite de la quiétude avec mon thé et ma playlist folk en profitant d’être encore seule pour quelques instants avant que Coloc ne se lève.

Septembre est aussi annonciateur de formidables choses, puisque c’est le retour du mois américain organisé par Titine, et qu’en plus cette année, c’est aussi le festival America à Vincennes !

Autant vous dire que tout cela tombe à pic pour prolonger mon voyage américain, dont je ne suis pas à 100% encore revenue…

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Souvenir du petit dej sous le soleil à Yosemite (avec un livre incroyable, je vous en reparle bientôt !)

Ma pal américaine déborde toujours autant, mais je vais saisir cette occasion à bras le corps pour me remettre aux billets littéraires (disparus depuis maintenant un bien long moment !), tester quelques recettes de mon livre Made in New York, et puis SURTOUT trier et montrer mes photos (même si avec 4000 et quelques photos c’est pas gagné !)

Et évidemment retrouver les copines après un été au ralenti sur les blogs !

Alors, vous êtes prêts à embarquer on the road with me ?

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