blablabla·T. et les garçons

Le bruit du bonheur

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(la photo n’est pas de moi mais impossible de retrouver le crédit)

Sunny – Bobby Hedd

Un soir, un métro, me hâter sous la pluie en serrant mon bonnet-chat sur mes oreilles. Lire quelques pages dans le métro, sortir, remonter les rues du quartier, ce chemin que je ne connais pas vraiment, enfin je ne me suis pas perdue, et pour une deuxième c’est pas mal. Un quartier vivant, se hausser sur la pointe des pieds pour apercevoir le Sacré Coeur, mais non il est caché, mais je sais qu’il est juste là derrière.

Arriver, monter 4 à 4 les étages, rentrer et sentir l’odeur délicieuse de romarin et de coriandre du poulet qui commence à cuire dans le four. Enlever mes chaussures, enfouir mes pieds dans le tapis tout moelleux, l’embrasser, une fois, deux fois, trois fois. Découvrir sa bibliothèque – j’aime tellement faire ça chez les gens. Discuter avec sa coloc pendant qu’il chante en cuisine dans le fond. Il y a quelque chose de profondément émouvant quand on entend les gens chanter, comme ça, sans raison, ça ressemble un peu au bruit du bonheur.

Manger un repas délicieux, rire face au poulet qui ne se laisse pas cuire, piocher dans ses vinyles pour les écouter, se blottir dans le canapé, chanter cette chanson jolie avec la guitare, et puis serrer sa main en parlant, serrer sa main parce que ce qu’il a dit était parfois triste, serrer sa main en voyant son sourire.

Serrer sa main, et attendre le reste de 2017 avec hâte.

blablabla·petits bonheurs·T. et les garçons

Un truc très beau qui contient tout*

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photo personnelle

Rarement ai-je eu l’impression de renaître réellement de mes cendres en arrivant en vacances…

Rétrospectivement, j’ai tenu jusqu’au bout je ne sais comment, mais j’étais réellement à bout lorsque la période d’école s’est terminée ; surtout avec une dernière semaine complètement folle où j’ai passé certainement ma ceinture marron de gestion de classe en crise de vomi (lorsque c’est l’heure de la sortie de classe, pendant la piscine, au moment où on range tout avant de partir en vacances), les collègues absentes avec des histoires d’urgences, d’enterrements, des élèves exclus dans la classe d’une collègue… Bref !

Mais heureusement, il y a tout le reste,  le reste qui a une odeur si sucrée, un goût si doux, ceux de la douceur de la vie… Il y a tant de choses à dire, à raconter, chaque petit instant de la vie est tellement précieux. J’aimerais capturer chaque seconde de ce présent, en faire un petit souvenir avant qu’elle ne s’évapore et disparaisse, noyée dans la masse des milliers d’autres secondes qui lui succèderont et n’en seront pas moins belles, ni moins singulières, mais parce que j’ai du mal à supporter l’idée qu’elles disparaitront et que viendra un moment où mon esprit ne pourra se les remémorer.

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Alors je fais une boulimie de mots sur le papier, d’images mitraillées, mais ces signes et ces pixels me semblent toujours impuissants à dire réellement la beauté, la puissance de chacune de ces secondes, la poussière qui vole dans un rayon de soleil, le silence entre deux êtres, le ballet des gens dans la rue lorsque je sors de la bouche du métro, le bruit du vent dans les feuilles, le miroitement du soleil sur la mer étincelante, écouter sans se lasser la respiration de l’être qui dort à côté de soi, et l’émerveillement de sentir cette vie chaude tout contre soi, le miracle que représente chaque souffle auquel on reste suspendu.

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J’ai envie d’écrire la beauté des choses du quotidien si banales, un plat de pâtes cuisiné avec amour, un regard au réveil, les lumières à travers la fenêtre du train de banlieue lorsque la nuit tombe, transformer une balade pour aller à une soirée en instant de danse, ses écouteurs sur les oreilles, et courir, sauter sur les lignes des pavés au son de la musique, avoir l’impression à chaque saut que je pourrais m’envoler, et lui derrière qui me sourit quand je me retourne, ce couple d’ados dans le métro, leur beauté désarmante, dans la façon bouleversante dont ils se penchaient l’un vers l’autre,

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S’embrasser dans la queue de la boulangerie, parce qu’il ne faut pas perdre le moindre instant, regarder le soleil se lever après une nuit blanche, partager des sushis avec Coloc, faire la course dans un escalier, arpenter l’arrière de la butte Montmartre, sentir sa main contre la mienne pendant un concert, s’embrasser dans la rue sans regarder où l’on va, et l’éclat du soleil éblouissant pendant que je me hâtais à mon retour vers lui, comme une réminiscence de cette phrase de Vian qui est une des phrases les plus magiques que j’aie jamais lues (« La rue menait à Chloé »), avec cette chanson merveilleuse dans les oreilles, une chanson qui contient tout :

Have a nice week !

(sauf mention contraire, toutes les photos ont été trouvées sur Pinterest)

* titre génial du recueil de lettres de Neal Cassady, celui qui a inspiré Sur la route

 

 

photo·T. et les garçons

T’emmener voir la mer

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Longtemps, j’ai eu une envie, celle de pouvoir être avec quelqu’un et se dire, « vas-y, on part, là tout de suite », de manière totalement  non préméditée.
Sauf qu’on se laisse facilement emporter par les impératifs, les difficultés (mais si je t’avais dit de réserver le train à l’avance !), et finalement, prévoir un jour à l’avance, ce n’est plus tout à fait la même chose.

Non, ce n’est pas la même chose que lui qui me dit qu’il veut me voir, braver la nuit froide et cette pluie fine, pour le retrouver, et puis le lendemain, alors que le soleil entre à flots par la fenêtre, alors que cette envie me tiraille, oser enfin dire ces mots, ceux que j’avais retenus déjà jeudi soir, vendredi, les dire : « dis, et si on allait à la mer ? ». Répéter, avec les yeux qui brillent un peu plus fort, et puis ne pas trop vouloir y croire, parce que ce serait trop dur d’être déçue.

Cette semaine a été très difficile moralement, j’avais l’impression d’être dans une impasse au travail. Ma directrice m’a dit de ne pas m’en faire pour les bulletins à rendre, mais plutôt d’aller prendre l’air, de partir loin de Paris, exactement ce qu’il me fallait.

« Ca serait tellement bien… »

Et puis lui qui me dit, oui, d’accord, va te préparer et je trouve un hôtel, aussi simplement qu’on dit « oui d’accord on va se prendre des sushis à emporter ».

Se dépêcher de prendre deux trois affaires, l’appareil photo évidemment, un livre parce qu’il n’y a pas de voyage sans livre, sautiller en lui disant « vite, vite, dépêche-toi, alleeez on y va !! », prendre des gâteaux pour la route, penser déjà dans sa tête à la playlist, et puis sauter dans la voiture, et partir.

Partir, avec lui, partir d’une manière aussi soudaine que celle dont il est entré dans ma vie, lui que je ne pensais pas vraiment revoir la dernière fois, parce qu’il y a des tas de choses qui sont compliquées, parce qu’après tout, maintenant il est parti travailler loin, mais là, tout de suite, tout ça n’a plus aucune importance, ce qui compte c’est qu’on est ensemble, que le son de sa voix qui me raconte, et j’ai tant envie de savoir, de le connaitre chaque jour un peu plus, ce son est aussi doux que le silence paisible entre nous, bercés par le ronron du moteur et les vagues de nuages qui défilent au dessus de nous par le toit ouvrant.

Un dernier au revoir à Paris, les vitrines des grands magasins à Haussmann rappellent que Noël commence, repasser par cet endroit où je l’ai revu la première fois, les paumes moites et le coeur qui battait la chamade, l’énorme sapin de Boulogne qui me rappelle Londres, et puis la route qui s’étend à l’infini, se dire que dans quelques heures on entendra la mer déferler sur le sable, c’est si fort, tu sais que quand je suis loin de la mer pendant trop longtemps je ressens comme une absence physique au fond de moi, comme un écho vers lequel tout mon corps se tend, tu sais que rien ne me faisait plus envie ces derniers jours ?

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Les aires d’autoroute impersonnelles, les lieux de passage, s’arrêter pour prendre deux jeunes filles en stop qui se retrouvent dans une galère pas possible, et se retenir de rire, parce que tout de même, les pauvres ne sont pas rentrées, perdues dans la campagne normande. Se regarder et savoir qu’on pense la même chose, qu’on est heureux d’être à notre place plutôt qu’à la leur, avec la mer et le vent qui nous attendent.
Le ciel s’assombrit, alors qu’il faisait beau à Paris, mais ça ne fait rien, tu sais que ma saison préférée pour voir la mer, c’est l’hiver, et qu’elle n’est jamais plus belle que quand elle est sauvage, les embruns sur le visage, tu sais que je ne me sens jamais plus vivante que quand je la vois drapée dans sa majestueuse beauté ?

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Ecouter cette chanson de Fauve, qui a toujours été la bande-son d’un moment pareil dans ma tête et qui aujourd’hui devient réalité, vite, vite, on n’a pas le temps, viens, on part, des kilomètres d’asphalte se déroulent sous nos pieds, on ira voir la mer dès qu’on arrive, d’accord ?

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Honfleur, ce petit port si mignon, les vitrines décorées partout et le sapin, les touristes estivaux ont disparu, il y a une atmosphère si douce et si paisible. Se faire plaisir avec un succulent restaurant, il sait que rien ne pouvait me faire plus plaisir, et puis en sortant, réchauffés par ce moment, « on avait dit qu’on irait voir la mer », « oui mais là il fait froid, il pleut, demain ? », « non, on avait dit ce soir, allez s’il te plait » « alors seulement si tu mets les pieds dans l’eau », et j’ai senti qu’il ne me croyait pas capable de le faire, parce que ce n’est pas raisonnable, et que je suis quelqu’un d’assez prudent d’habitude.

Mais il y a des choses qui n’ont pas de prix, et rien, rien, ne peut valoir le plaisir d’arriver sur la plage et voir cette étendue noire, courir, courir sans se retenir, le sable humide sous les pieds nus, et la sensation vivifiante de l’eau, l’air marin qui remplit mes poumons, la pluie qui a repris se fait oublier, dis, tu sais que j’ai rêvé tant de fois de vivre un tel moment ?

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Le lendemain, il fait toujours gris, mais c’est si beau, c’est si calme, le temps passe trop vite, et si on retournait sur la plage, au même endroit où nous étions hier soir ?

Le vent nous emporte, et crée des vagues de sable qui glissent comme des taches de lumière, il court devant moi, et cela me rappelle ce film, Eternal Sunshine of the Spotless Mind que j’aimais tant plus jeune, la plage est à nous et c’est comme si nous étions seuls au monde, dans ce paysage lunaire et désolé.

Au bout de la jetée, le vent souffle à en couper la respiration, et moi qui ai mitraillé pour garder des souvenirs de ce moment, mes bras qui tiennent l’appareil retombent car je le sens, je le sais, rien ne pourra retranscrire en photo tout cela, et encore moins ce que je ressens quand il se tourne vers moi, emmitouflé dans sa parka et qu’il me sourit sans rien dire, quand je sais que quoiqu’il arrive par la suite, peu importe de quoi demain sera fait, rien ne pourra effacer la magie de cet instant, et qu’il restera précieusement au fond de mon coeur.

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Je parlais dans mon article précédent de notre rencontre, je disais que retrouver quelqu’un avec qui partager de beaux moments, c’est comme se rendre compte qu’on était en apnée alors qu’on aspire goulument l’air, pour la première fois depuis un moment.

Même quand il repart, et qu’il arrête de donner des nouvelles. En ce moment, je deviens partisane du principe « When life gives you lemons… Make lemonade ». Je prends ce que l’on me donne, je laisse ce que l’on me reprend. Il revient parfois, alors que je n’y attendais plus. Il revient et il me fait à manger, je lui montre mes photos, il me questionne, me pousse dans mes retranchements sur certaines choses, on pique des fous rires, il enregistre dans un coin de tête ce que je lui dis, et puis il s’en souvient dès qu’il a l’occasion de me faire plaisir.

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Il disparait à nouveau, il revient et alors que je me sens au 36000ème dessous, que je ne rêve que d’une chose, c’est de partir sur un coup de tête à la mer, il est soudain là, et quand je lui propose de partir, oui, vite, vite, on y va, tu verras, ce sera bien, la mer, les embruns, allez dis oui, et puis oui, en 10 minutes on décide de partir, je t’emmène à la mer, si c’est ce qui te fait plaisir. Il me dit qu’il est fauché et puis il refuse de me laisser payer. Il me regarde plonger les pieds dans l’eau glacée en riant alors qu’il est minuit et qu’il fait un froid horrible, alors que le vent se mêle à la pluie pour nous glacer les os. Il n’aime pas les photos, mais il me sourit de loin pendant que je mitraille et plus tard, quand je zoomerai sur mon ordi en les revoyant, je verrai ce chaud sourire qui me fait chavirer le cœur à chaque fois.

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Il me dit que pour lui, offrir des objets, ça n’apporte qu’un bonheur très limité, et qu’offrir des moments, c’est tellement plus important. Et je réalise que ce qu’on partage, là, en cet instant, ça n’a pas de prix, alors qu’il me sourit sans parler sur cette plage déserte. Parce que j’ai soudain l’impression d’être dans un film, quand je le vois courir sur la plage dans le vent d’hiver, parce que c’était la chose dont j’avais le plus envie et le plus besoin au monde, à cet instant, et qu’il me l’a offerte, parce qu’il se trouve que lui aussi en avait tant besoin, parce que je me sens vivante, parce que c’est si précieux, parce qu’il n’avait d’autre objectif que de donner.

Parce qu’il m’a offert quelque chose qui ne peut s’acheter, qui a une valeur si fondamentale, un instant d’éternité pendant lequel je me suis sentie vivante comme jamais. C’était un des plus beaux cadeaux que j’ai reçus de ma vie.

Ça fait un beau pansement pour les blessures que je continue de soigner, pour les jours de pluie. Parce que parfois, on rit aussi sous la pluie.

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